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AUTOPORTRAITS A L'OREILLE CACHÉE (2006)

AUTOPORTRAITS A L'OREILLE CACHÉE

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Format : A5

80 pages

                      Année d'édition 2006.

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Présentation

Ce ne sont pas les peintres qui démentiront que l'art de l'auto-portrait est difficile ! Même avec de la peinture à l'eau, on risque l'erreur impardonnable, de se mutiler le nez ou de se trancher un lobe d'oreille dans une représentation tactique…

La Littérature, croulant pourtant sous l'autobiographie, reste assez pingre avec ce genre: elle en a fait un art mineur, reléguant les tentatives au rang d'essai pour lycéens tâtonnants.

Le défi restait donc à relever: il l'a fait! Vingt autoportraits, chacun d'un style différent. Rien que du vécu, mais enrobé dans des facéties, dans les facettes polies de fables sans aucune morale...

Extrait

I - Moi, Euthanaphrase 1er


Accéder à la royauté sans y avoir été vraiment invité, voilà qui relève du pur hasard ou de la prédestination la plus jésuitique. Aucun antécédent notable ne laissait entrevoir ce destin admirable, et néanmoins agaçant, qui est aujourd'hui le mien. Tout au plus quelques ancêtres qui écrivaient le français avec des plumes d'oiseaux, dont je n'ai pas retrouvé la trace, et cet in-croyable gène de morgue occitane, qu'on se transmet plus sûrement que la couleur de la langue.

Alors, me voilà élu à la faveur d'une campagne bien discrète, où ma propre voix fut décisive, pour ne pas dire la seule. Les abstentions élevées favorisent les audacieux, et je me retrouve aujourd'hui à la tête d'un troupeau vociférant de vocables incroyables. Je n'en connais, à vrai dire, pas le nombre : ils sont pourtant bien recensés, dans des ouvrages épais ; mais la vie c'est la vie, et tout ce petit peuple prolifère à l'envi.

Et j'ai saisi mon sceptre, et nommé des ministres, et j'ai reçu mon nom, qu'on répète partout ; littéralement, c'est " la phrase bienheureuse qui tue ". Mais je l'ai endossé, conscient de ma mission, chargé tel un baudet du poids de vos déraisons. Je vous promets des jours portant des noms chrétiens, et des nuits éclairées par des noms bien païens. J'accorderai des primes aux nouveaux termes de notre dictionnaire, issus du celte antique et de terres nouvelles. Oui, nous hybriderons, dans notre belle sagesse, le sacre de l'esprit et la folie des kermesses.

Car je vous donnerai des mots, et d'autres mots encore : des mots tout faits de lettres et de chair des passions, de ces cris qu'on rugit la peur dans le tréfonds. Ils deviendront tous, par la force des choses, votre langue natale, celle dont on s'insulte ou que l'on parle à sa mère, celle qu'un sort fatal accroche à vos prières. Et vous saurez enfin, après tant d'années, les maximes et sentences qui vous aident à passer, d'un monde à l'autre sans faillir, et sans billet de retour.

Oui, chacun d'entre vous emportera l'âme libre, au fond de son sépulcre, un peu de ma folie et de mes phrases à demi-mot. Non, je ne guéris pas les miséreux des écrouelles, non je ne connais pas les résultats des lote-ries ! Je ne sais qu'une voie, imprécise et étroite, un chemin de papier semé de signes noirs, qu'on serre contre soi quand tout devient obscur. C'est mon règne et ma foi, pour vous tous braves gens, un zeste d'insouciance au goût d'herbe coupée : vous m'en voudrez longtemps de ce coup de Jarnac, mais vous apprécierez sans doute, malgré tous ces tourments, d'avoir quand même pu, un soir, mourir vivant.
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Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSRéalisation : Dominique TISON
Courriel : dominique.tison@gmail.com
Dernière mise à jour : lundi 14 janvier 2019